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Rebecca de Daphné du Maurier : un roman gothique moderne, bien loin d’une romance

Avis lecture et analyse Rebecca de Daphné du Maurier blog Parlons fiction

J’avais 17 ans lorsque j’ai lu Rebecca de Daphné du Maurier pour la première fois. J’ai tout de suite été fascinée par cette intrigue qui mettait en scène une vraie tension psychologique sous couvert de romance. Près de 10 ans plus tard, j’ai pris le temps de me replonger dans cette histoire, aujourd’hui devenue l’un de mes romans préférés. Pas de doute, il s’agit bien là d’un chef d’œuvre de la littérature gothique dont la relecture m’a permis de mieux saisir l’ampleur de la manipulation psychologique déployée par ses personnages. C’est un roman fascinant sur l’emprise et la manipulation.

Résumé

Un manoir majestueux : Manderley. Un an après sa mort, le charme noir de l’ancienne propriétaire, Rebecca de Winter, hante encore le domaine et ses habitants. La nouvelle épouse, jeune et timide, de Maxim de Winter pourra-t-elle échapper à cette ombre, à son souvenir ?

Un thriller psychologique déguisé en romance

Une jeune femme d’une vingtaine d’années travaille comme demoiselle de compagnie à Monte-Carlo lorsqu’elle fait la rencontre de Maxim de Winter, un veuf de plus quarante ans. Très vite, une relation se lit entre eux deux, et en quelques semaines celle-ci quitte son emploi pour l’épouser. Viens alors pour la nouvelle Mrs De Winter le moment de découvrir Manderley, le domaine dont elle est légalement la propriétaire, et tous ses occupants. Si tout semble se présenter sous les meilleurs auspices pour cette nouvelle vie qui débute, l’ombre de la défunte Rebecca de Winter, la première épouse, ne semble pas cesser de grandir.

Que ce soit la première fois que vous lisez ce roman, ou la seconde, l’expérience reste la même : une lecture mystérieuse et envoûtante qui, sous l’apparence d’une romance, vous entraîne vite vers une histoire bien plus sombre. Si le rythme est lent, l’intrigue vous plonge dans une ambiance entre l’émerveillement et le malaise prolongé. Quelque chose cloche depuis le début. Est-ce la différence d’âge des deux protagonistes ? Le mariage précipité ? Ou cette sensation que Rebecca, la première Mrs de Winter, n’a jamais vraiment quitté son domaine ?

Rebecca : un fantôme qui n’apparaît pas

Rebecca de Daphné du Maurier couverture en anglaisVous l’aurez remarqué, le titre du roman est équivoque. Ici, Rebecca semble apparaître comme le personnage principal. Pourtant, on apprend dès le début de celle-ci est décédée il y a plus d’un an.

Toute l’histoire se déroule sous le point de vue de la nouvelle Mrs de Winter, dont vous ne connaîtrez jamais le prénom. Elle vous embarque avec elle à la découverte de Manderley et de son personnel, et vous propulse dans un mode dont vous n’avez sans doute pas, vous non plus, les codes.

Alors, qui de Rebecca ou de la nouvelle Mrs de Winter est réellement le personnage principal ? Daphné du Maurier joue sur le suspens et la tension psychologique pour donner vie à un personnage qu’on ne rencontrera jamais. Qui vit, et qui s’efface ? À la lecture, le doute s’installe. Rebecca semble nous suivre au fil des pages comme une ombre qui s’attache aux pas de la narratrice.

Do you think the dead come back and watch the living?

Quelques lignes ne suffiraient pas pour décrire mon amour pour Rebecca de Daphné du Maurier. Dans un genre qui lui est propre, l’autrice amène une histoire qu’on aurait bien du mal à catégoriser. Entre le thriller psychologique, le drame domestique et la romance, les frontières sont floues et tout se mélange pour créer une histoire marquante.

Des personnages énigmatiques : Maxim de Winter, loin de l’homme idéal

La force du roman réside dans ses personnages qu’il est très difficile de cerner. Dès le départ, le comportement de Maxim de Winter paraît incohérent, mais les autres ne sont pas en reste. Que dire de Mrs Danvers, la gouvernante en chef de Manderley, qui nous intimide dès sa première apparition ? Ou de Frank Crawley, l’intendant de Manderley, qui semble se refermer comme une huître dès qu’on évoque le passé de Maxim ?

Avec un panel de personnages aussi complexes que fascinants, la narratrice jeune et naïve a du mal à rivaliser. Et c’est là tout le pouvoir de sa narration. A ses côtés, nous sommes naïfs nous aussi, conscients d’un drame qui se déroule en arrière-plan sans réussir à poser des mots dessus.

Manderley, l’âme de l’intrigue gothique

Comment évoquer Rebecca sans citer Manderley, le fameux domaine de Maxim de Winter qui sert de décor à cette intrigue gothique ? Les descriptions sont nombreuses et somptueuses, il est difficile de ne pas avoir envie de voir ce lieu de ses propres yeux.

Entre ces murs, la vie suit son cours au point où l’on en oublierait presque ce qui nous intéresse, à savoir, l’intrigue. C’est un lieu d’exception, tombeau de secrets inavoués, dont les descriptions participent à hanter le lecteur tout comme la nouvelle Mrs de Winter. Les lieux sont des éléments clés dans les romans gothiques classiques comme les romans gothiques plus contemporains, et Manderley ne fait pas exception à la règles.

Pourquoi Rebecca est un roman gothique moderne ?

Publié en 1938, Rebecca de Daphné du Maurier donne un nouveau souffle au roman gothique. Adapté dès l’année suivante au cinéma par Alfred Hitchcock, c’est le début d’une nouvelle ère pour ce genre qui se déleste de sa forme traditionnelle pour renaître sous des allures de thriller psychologique.

I suppose sooner or later in the life of everyone comes a moment of trial. We all of us have our particular devil who rides us and torments us, and we must give battle in the end.

Daphné du Maurier

Ici, l’histoire coche toutes les cases : isolement des protagonistes, passé qui revient hanter le présent, une héroïne effacée, une maison oppressante et de la violence psychologique très peu cachée. Pour autant, le tout est présenté enrobé de suspens, sous l’allure, au départ, d’une romance. Il fait partie des romans intemporels de la littérature gothique.

Le livre évoque de nombreux sujets plutôt novateurs pour l’époque, comme les relations extra-conjugales, la manipulation au sein d’un couple et il ne présente pas tous ses protagonistes féminins comme de simples victimes. Il évoque même une relation de fascination ambiguë entre deux femmes. Sans s’éloigner des codes, Daphné du Maurier les renouvelle dans ce roman qui deviendra une de ses œuvres les plus connues, suivi quelques années plus tard par Ma cousine Rachel.  Aujourd’hui encore, son roman Rebecca inspire de nombreux auteurs qui écrivent dans ce genre. Par exemple, on retrouve le trope du mariage éclair de Maxim de Winter et sa nouvelle épouse dans Mexican Gothic de Silvia Moreno-Garcia publié en 2020.

En bref, Rebecca ou le roman qui m’a fait aimer la littérature gothique

En bref, Rebecca de Daphné du Maurier a été une merveilleuse découverte pour moi lors de ma première lecture et sa relecture ne fait que confirmer l’amour que je ressens pour ce roman. A la frontière entre le thriller psychologique et le drame, l’autrice parvient à embarquer son lecteur dans une ambiance pesante et lente, à la découverte de secrets tous aussi sombres les uns que les autres. Le rythme est lent et cela ajoute une couche supplémentaire à l’atmosphère psychologique qui pèse sur le personnage principal, tout comme sur le lecteur. C’est le roman idéal à découvrir si vous aimez les secrets bien cachés et voir les morts revenir hanter les vivants. Qui sait, en vous concentrant bien, vous pourriez peut-être même apercevoir le fantôme de Rebecca entre les pages du roman.

Couverture du roman Rebecca de Daphné du Maurier

Et vous, avez-vous envie de lire Rebecca de Daphné du Maurier ? Si vous l’avez déjà lu, est-ce que cet article change votre perception de l’histoire ?

Si vous souhaitez découvrir ce roman, vous pouvez le retrouver ici.

💬 Questions fréquentes sur Rebecca


Rebecca, une romance ou un thriller psychologique ?

Rebecca de Daphné du Maurier est un roman qu’on pourrait catégoriser, à tort, dans la romance en se fiant uniquement à son résumé de quatrième de couverture. Il s’agit en réalité d’un roman gothique qui met en lumière la manipulation psychologique et de l’emprise au sein d’un couple. On pourrait l’apparenter à un thriller psychologique, sous plusieurs aspects, notamment le suspens employé par l’autrice tout au long de l’intrigue.


De quoi parle Rebecca ?

Une jeune femme rencontre le riche veuf Maxim de Winter à Monte-Carlo et l’épouse quelques semaines plus tard. Sa nouvelle vie commence alors à Manderley, l’impressionnant domaine anglais de son époux. Mais Manderley garde des secrets. La première épouse de Maxim, Rebecca, est morte, mais personne ici ne semble vouloir l’oublier. Et plus l’héroïne creuse, plus elle comprend que certaines vérités sont enfouies pour une bonne raison.


Pourquoi la narratrice de Rebecca n’a-t-elle pas de nom ?

C’est sans doute la question que tout le monde se pose. Daphné du Maurier a fait ce choix délibérément. La narratrice n’a jamais de prénom et par conséquent, n’est jamais réellement le personnage principal de cette histoire. Sa personnalité s’efface derrière la présence de Rebecca. Elle devient “Mrs de Winter” et par conséquent, n’a plus réellement d’identité qui lui est propre. Elle est définie à travers son mari.


Qui est Mrs Danvers ?

Mrs Danvers est la gouvernante de Manderley, celle qui servait Rebecca avant sa mort. Elle refuse de l’oublier et maintient sa chambre intacte, garde ses affaires, et terrorise la nouvelle Mrs de Winter pour protéger sa mémoire. Elle est présentée comme l’antagoniste de l’histoire, mais c’est en réalité plus complexe que ça. Dans un roman où tout le monde ment et où la narratrice est manipulée, Mrs Danvers est peut-être bien le personnage le plus honnête et fidèle à lui-même.

Autrice : Daphné du Maurier – Genre : Gothique, Drame  – Date de publication (originale) : 1938 – Editions : Le Livre de Poche – Nombre de pages : 640

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